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René Vautier et Étienne Davodeau, lors du festival de la BD engagée, à Cholet. Étienne Davodeau : « La vie de René Vautier est un combat. Pourquoi se creuser la tête à inventer un scénario quand, autour de nous, nous avons de vraies histoires, avec des gens qui donnent du sens ? Le cinéma et la BD ne sont que des langages. On peut faire Le gendarme de Saint-Tropez ou Avoir 20 ans dans les Aurès. C'est une question de choix, d'engagement. En ça, René constitue un modèle. »
René Vautier : « Kris et Dabodeau m'ont rajeuni ! Et ils travaillent avec une liberté qu'ils doivent garder. De mon film, il ne reste plus rien. Que des morceaux dans la tête des gens. La BD fait exister des personnages qui n'existent plus. Elle contribue à transmettre une mémoire ouvrière. Cette histoire méritait d'être racontée. Et quand je vois le résultat, je leur dis merci. »
Tous les deux, vous partez du reportage. Qu'est-ce qui fait que vous passez de simples témoins à acteurs engagés ?
R. V. : « Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai. Dans une manifestation, une caméra ne dit pas la même chose en fonction de l'endroit où elle se trouve. Moi, j'ai choisi mon camp. Je ne suis pas dans l'histoire officielle, mais dans l'histoire des gens, la façon dont ils la vivent. J'utilise ma caméra comme une arme. Je contribue à exprimer une parole que le pouvoir refuse d'entendre, de manière pacifique. »
E. D. : « On s'engage quand on ne bride plus sa subjectivité. On rencontre des hommes, des événements qui nous impliquent. Et cela nous pousse à nous intégrer davantage. On y met de soi. »
Un homme est mort raconte l'histoire d'un manifestant mort lors d'un conflit social à Brest. A 50 ans d'intervalle, en quoi cette histoire vous a-t-elle touchés ?
E.D. : « Ce qui m'intéressait, c'est de raconter en quoi le film de René était doublement militant. En étant projeté sur les piquets de grève, il est devenu acteur du mouvement. C'est un cinéma coup de poing, qui établit un lien direct avec les événements qu'il montre. On a voulu redonner vie à l'histoire de ce film, qui dit autant de choses que le film lui-même. »
R.V. : « Je ne suis pas très fier de ce film, mais davantage de l'utilisation qui en a été faite. L'enterrement d'Édouard Mazé a été projeté à 150 reprises, sur des écrans tendus derrière un camion. Le film a ainsi participé à éveiller, faire naître une colère populaire. »
Qu'est-ce qui, aujourd'hui, inspire votre caméra, votre crayon ?
E.D. : « L'actualité donne matière à s'engager. Mais il faut aussi trouver la façon judicieuse de la raconter. Une histoire n'existe que si elle est bien racontée. Cela m'intéresse autant que les faits eux-mêmes. »
R.V. : « Je fais un film sur les censures car ça reste un enjeu de société. Récemment, 20 ans dans les Aurès a été vu en Israël. Dans le film, on voit un soldat français qui refuse d'assassiner un prisonnier. 40 ans après, cette scène fait toujours débat dans certains pays. »
Ì Le festival de la BD engagée se poursuit aujourd'hui, à Cholet. Voir le programme dans le cahier « Guide », rubrique sortir aujourd'hui.
Recueilli par
Jean-Marcel BOUDARD.