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Les salariés de Dorel ont rencontré et échangé avec Damien Roudeau et Michel Humbert (au fond), le dessinateur et l'auteur de Matin rouge, la BD qui retrace le conflit social qu'ils ont vécu. Ce n'était pas la première, mais sans doute la plus forte. Celle qui marque la fin de la production de poussettes à Cholet.
A l'initiative du festival de la BD engagée, Damien Roudeau a retracé cette histoire. L'usine occupée. Les barbecues nocturnes. Les amitiés naissantes. Hier soir, en conclusion du week-end, l'auteur a rencontré les salariés. Ceux qu'il avait croqués avec son crayon. « Ils m'ont confié leur parole, leur souvenir, leur confiance, souligne le dessinateur. J'attendais ce retour. »
Il n'a pas été déçu. Pierre, délégué du personnel, résume : « J'ai retrouvé ce que j'avais vécu. » La BD, à mi-chemin entre le tract et le dessin soigné, a le mérite de replacer le conflit dans l'histoire de l'entreprise, un des fleurons industriels de Cholet. Elle ouvre, surtout, ses bulles à une parole ouvrière. Celle qu'on n'entend pas. Ou si peu.
« On est resté debout »
« C'est une parole libre qu'il faut entendre, témoigne Damien Roudeau. Dans ses hachures, ses exclamations. Il faut garder cette vitalité-là dans la mise en case. » Matin rouge évite qu'un drame social tombe dans la banalité. En laissant une trace, l'ouvrage participe à faire vivre une mémoire.
C'est ce qui a touché les salariés de Dorel. « On pourra la montrer à nos enfants, raconte Pierre. Ils verront qu'on s'est battu. Qu'on est parti dignement. Qu'on est resté debout. » Ce sentiment a nourri la grève, le combat. Presqu'un an après, il reste le souvenir, vivace, qu'il « s'est passé quelque chose ». Il reste, aussi, des amitiés. Une aventure partagée.
Il demeure, surtout, de l'amertume. De la colère face à « un combat inégal ». Aujourd'hui, 19 salariés travaillent toujours en production. « Personne n'a gagné le jackpot. » Sauf Dorel, qui a vu son résultat augmenter de 26 %, à l'issue du premier trimestre 2008. « Le groupe vient d'acheter une entreprise en Australie, dont le déficit représente une fois et demi le coût du plan social », précise Pierre.
Vente des bâtiments
Pour sauver les emplois, les délégués du personnel avaient proposé de regrouper l'activité sur un seul site. Et de vendre les bâtiments et les terrains. Un patrimoine élevé. « C'est en train de se faire. L'opération n'a pas servi l'emploi, mais les profits. » Matin rouge évoque le moment où l'entreprise échappe aux salariés. A ceux qui l'ont construite, au fil du temps.
Avec son coup de crayon réaliste, Damien Roudeau garde la force des témoignages. Il dit : « A quoi ça sert de faire de la fiction quand la réalité nous fournit de telles histoires ? » De cela, il reste désormais une bande dessinée.
Jean-Marcel BOUDARD.