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jeudi 15 mai 2008

Les apprentis de l'humanitaire en exercice

Avec la complicité de militaires angevins, un exercice où les apprentis humanitaires formés à l'Ircom sont pris en embuscade. L'école teste ainsi leur cohésion, leur capacité à mener un projet et à faire les bons choix. Avant qu'ils ne soient confrontés à la dure réalité du terrain. Le vrai. : IrcomAvec la complicité de militaires angevins, un exercice où les apprentis humanitaires formés à l'Ircom sont pris en embuscade. L'école teste ainsi leur cohésion, leur capacité à mener un projet et à faire les bons choix. Avant qu'ils ne soient confrontés à la dure réalité du terrain. Le vrai. : Ircom

Ces étudiants angevins veulent travailler dans l'humanitaire. Leur école leur a donné une missionà mener. Entre armée régulière et rebelles fictifs, un scénario plutôt réaliste.

Son poignet porte encore la trace d'un lien, après l'embuscade dont elle a été victime. Les chaussures de ses camarades sont crottées. Tous sont fatigués. Mais ils continuent à bosser sur leur mission : trouver la meilleure solution, y compris financière, pour déplacer un camp de réfugiés, au milieu des rebelles et de l'armée régulière d'un pays d'Afrique.

Ces dix-sept étudiants viennent de passer 24 heures à arpenter un terrain militaire, près d'Angers, pour gérer une crise humanitaire fictive. Cet exercice fait partie du cursus de la deuxième promo du Master management du développement, mention action humanitaire et sociale, de l'Ircom (1). Une partie d'entre eux va devenir des pros de l'humanitaire.

Avec la complicité des militaires de l'Esag (2) dans le rôle des différents protagonistes, ils se sont frottés à des situations proches de la réalité. « Il était minuit, on était complètement crevés. Des rebelles nous ont kidnappés, encagoulés, ligotés, raconte Véronique Pinchemel, 24 ans. Ils voulaient de l'argent. L'un d'entre eux a menacé de me cramer les cheveux. Et, pendant ce temps, je cherchais quelles paroles pouvaient débloquer la situation. »

« Il faut beaucoupde négociations »

Guy-Clément Bemba, un Franco-Congolais de 36 ans, a été impressionné par le passage d'un check-point. « Ils nous ont demandé de nous mettre à genoux, ont commencé à nous apostropher, à tirer. Il a fallu beaucoup de négociations. Beaucoup de soumission. » Son « ONG » a même perdu un sac et de la nourriture dans l'histoire. « Je n'ai pas eu les mots qu'il fallait », reconnaît Mathieu Gonord, qui était le chef de ce groupe.

Choisir le matériel à emporter, répondre aux questions de journalistes, raccourcir le trajet en passant, ou non, par un champ de mines... « On est dans une situation où on doit prendre plein de micro-décisions qui peuvent être vitales pour nous, pour la poursuite de la mission ou pour la population », a constaté Maxime Germain, 30 ans.

« On se rend compte que nous avons peu de crédibilité aux yeux des gens rencontrés », note Audrey Onillon, 23 ans. « On parle convention de Genève, droit humanitaire, mais les seuls moyens d'avancer sont les négociations ou la corruption », ajoute Géraldine Monpeurt, 24 ans.

Avec les informations récoltées sur le terrain, ils ont présenté la solution de leur « ONG » pour déplacer les réfugiés. Devant un faux ministre de l'Intérieur et un faux représentant des Nations unies. Mais vrais membres de jury.

Marie TOUMIT.

(1) Fondé en 1984 aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire), l'Ircom (Institut des relations publiques et de la communication) forme aussi à la communication, au management, aux lettres et aux sciences politiques.

(2) École supérieure et d'application du Génie.

Ouest-France

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