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dimanche 27 avril 2008

Tsiganes internés : la mémoire fait son chemin...

Le maire, Paul Loupias, la sous-préfète, Magali Debatte, et le député, Michel Piron, ont déposé les gerbes, au pied de la modeste stèle. Ici, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont souffert du froid, de la faim, de l'enfermement. Il y eut, environ, une centaine de décès.   Le maire, Paul Loupias, la sous-préfète, Magali Debatte, et le député, Michel Piron, ont déposé les gerbes, au pied de la modeste stèle. Ici, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont souffert du froid, de la faim, de l'enfermement. Il y eut, environ, une centaine de décès.

Trois mille Tsiganes ont été internés dans le « camp de la honte », à Montreuil-Bellay. Une douloureuse histoire, en passe d'être reconnue comme il se doit.

Les familles font cercle autour de la modeste stèle, en ce samedi matin ensoleillé. Elles sont venues de toute la France, au nombre d'une trentaine. Pour se souvenir de leurs proches. Pour témoigner. Pour exiger une reconnaissance officielle. « Nos parents ont été internés ici. Certains en sont morts, rappelle l'épouse d'Eugène-Alain Daumas, qui a monté un collectif. On parle toujours des Juifs mais jamais des Tsiganes. Or ils ont été les premiers dans les camps de concentration. Ils ont été trop longtemps oubliés. Je trouve ça horrible ! »

Dans cette campagne si tranquille, entre une nationale et une voie de chemin de fer, à quelques kilomètres de Montreuil-Bellay, qui pouvait imaginer l'existence d'un camp d'internement ?

Sans la persévérance de l'historien local, Jacques Sigot, jamais le souvenir n'aurait perduré. Comme les 70 camps de ce type qui ont existé en France et dont aucun n'a fait l'objet d'une étude. « Aucun historien n'en a parlé parce qu'il s'agissait de camps français, que les Tsiganes n'intéressaient personne, qu'il ne reste aucun document écrit. »

Stèle édifiée en 1988

Grâce à Jean-Louis Bauer, un ancien interné surnommé Poulouche, décédé en novembre dernier, et Jacques Sigot, une stèle a vu le jour, voici 20 ans. « Nous l'avions érigée avec cinq copains. Ça nous avait coûté, à l'époque, 2 500 francs. » Dessus, une simple plaque rappelle les faits. Le camp a fonctionné de novembre 1941 à janvier 1945, bien après la Libération. « Plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants tsiganes y souffrirent, victimes d'une détention arbitraire. »

Des 31 bâtiments, entourés de clôture, miradors et guérites, il ne reste pratiquement rien. Quelques soubassements et la prison, aménagée dans une ancienne cave. « Nous aimerions racheter 1,3 hectare, clôturer l'ensemble, mettre des panneaux et un toit sur la prison. Mais rien ne se passe », déplore Jacques Sigot. La Région, par la voix de Mylène Canevet, se dit prête à mettre en place un lieu de souvenir, voire un chantier de jeunes.

Le maire, Paul Loupias, en appelle à l'État: « La commune est prête à participer à l'érection d'un monument convenable. Mais elle n'a pas à assumer la responsabilité d'un devoir de mémoire, de portée nationale, qui relève de l'État. »

Pour la première fois, Magali Debatte, sous-préfète et directrice du cabinet du préfet, a pointé la responsabilité de l'État. « Les mesures d'internement des nomades furent mises en oeuvre, ici même, par l'administration française. » Les nomades n'avaient plus le droit de circuler dès avril 1940. Ils devaient se présenter, tous les quinze jours, à la gendarmerie. L' « assignation à résidence » s'est transformée en internement. Le gouvernement de Vichy invoquait alors des raisons de sûreté !

Un discours salué

Pour autant, aucun interné de Montreuil-Bellay n'a été déporté en Allemagne ou en Pologne. « Mais ils étaient logés dans des conditions indignes, a rappelé Magali Debatte. Et pire que tout, privés de liberté par la seule raison de leur différence, de leur mode de vie, de leur origine. »

Des propos salués par les familles. « C'est la première fois que j'entends ça. Bravo ! », s'est exclamé Jacques Sigot. « Formidable, j'ai applaudi », a rajouté Michel Robichon, l'aumônier des gens du voyage.

Le travail de mémoire fait son oeuvre. À l'image du flambeau, allumé sur le toit de la prison, face à la stèle. « Un symbole, pour la représentante de l'État, de toutes les victimes de la haine. Et des Tsiganes persécutés que nous n'oublierons jamais. »

Jean-Michel HANSEN.

Ouest-France

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