Avec J.-P. Colignon, la dictée est un plaisir
Jean-Pierre Colignon à Liré en mai 2006 : « Je fais plus de 25 dictées par an. »
Samedi, à Liré, aura lieu la deuxième dictée des Lyriades. Son auteur, correcteur au journal Le Monde, est un défenseur souriant de la langue française.
Jean-Pierre Colignon, vous êtes à l'origine de la première dictée des Lyriades, à Liré, en mai 2006. Comment va se dérouler celle de cette année ?C'est toujours le samedi après-midi. C'est le jour où il y a le plus de chances que les gens soient libres. J'espère que ce sera aussi convivial que la dictée nationale dont la finale a eu lieu, à Paris, samedi dernier. Il régnait vraiment une ambiance extraordinaire. Je tiens beaucoup à ce que ce soit convivial et pas du tout ressenti comme un pensum. La dictée fera 2 700 à 2 800 signes (NDLR : moins de deux feuillets imprimés). Elle sera un peu plus longue que les dictées de Pivot. Bien entendu, et ce n'est pas un mystère, on est dans la semaine du Goût : on voit tout de suite quel va être le thème. Mais, comme les champions sont au courant et qu'ils vont apprendre des listes de mots sur ce thème, je vais glisser bien d'autres choses. Vous êtes correcteur au journal Le Monde, auteur d'ouvrages de référence. Comment avez-vous été amené à faire des dictées ? Quand Bernard Pivot a commencé ses dictées, il a fait appel à trois correcteurs, dont moi. Les Dicos d'or ont eu lieu de 1985 à 2005. Parallèlement, à la demande d'amis en Bretagne, j'ai commencé à faire des dictées en 1985-1986, à Plouha, dans les Côtes-d'Armor. Ensuite je suis allé à Guérande. Au fil des années, je faisais cinq ou six dictées par an. En 2005, j'en avais déjà une quinzaine. Depuis que les Dicos d'or sont arrêtés, tout le monde m'en demande. J'aime bien aller en province, rencontrer des gens. On constate que les Français font de plus en plus de fautes d'orthographe, même ceux qui font des études supérieures. Est-ce vous pensez que la lutte pour l'orthographe est un combat d'arrière-garde ?Non, ce n'est pas un combat d'arrière-garde, car il faut essayer de sauver cette langue française, de même que je comprends très bien que les Bretons veuillent sauver leur langue. Tant qu'on n'est pas passé au tout anglais pour faire plaisir à Mme Christine Lagarde, ministre de l'Économie et du budget, c'est un très grand combat. Quand les parents surveillent un peu les cahiers des gamins, ils voient bien que les professeurs des écoles laissent passer beaucoup de fautes lorsqu'ils corrigent les devoirs. Il y a un gros problème au sein des Instituts universitaires de formation des maîtres. C'est d'autant plus grave que les jeunes qui font trop de fautes sont écartés de certaines professions...Bien sûr. Bien maîtriser l'orthographe et la grammaire, c'est indispensable pour exercer un métier, c'est le côté utilitaire. En même temps, si on n'a pas de vocabulaire, si on ne maîtrise pas bien l'orthographe et la grammaire, comment peut-on bien comprendre ce qu'on va lire ? Est-ce qu'on va bien comprendre les astuces d'un humoriste comme Raymonde Devos ? Il y a vraiment une grosse refonte de l'enseignement du français à lancer. Propos recueillispar Michel CAILLARD.
Ouest-France
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