Les anciens de la chaussure réclament 9 millions
Une salle vidéo a été spécialement ouverte, hier, pour suivre le procès au palais de justice d'Angers, en présence de 238 ex-salariés de Pindière.
Deux cent trente-huit ex-salariés de Pindière, près de Cholet, ont saisi la justice pour licenciement abusif. Toutes les propositions de reclassement n'ont pas été épuisées à l'époque, estime leur avocat.
« Rares sont les procédures aux prud'hommes qui atteignent un tel montant », s'étonne l'avocat de la défense, Bertrand Crenn. Il n'en revient pas de voir l'impressionnant défilé à l'entrée du palais de justice d'Angers où une salle vidéo a été spécialement ouverte pour suivre le procès.
Le conseil des prud'hommes était trop exigu pour accueillir les 238 ex-salariés de Pindière, hier matin, qui réclament neuf millions d'euros pour licenciement abusif à l'AGS, Association pour la gestion du régime d'assurance des créances de salariés. L'ancien fabriquant de chaussures ne pouvant plus payer, c'est ce fonds alimenté par les entreprises qui est visé aujourd'hui. Certains salariés espèrent obtenir jusqu'à 70 000 €.
Départs (pas vraiment) volontaires
Pindière, le spécialiste de la chaussure pour femmes, a licencié 72 salariés en 2002, 44 en 2003 et 323 en 2004, après la liquidation judiciaire. « Des licenciements économiques ?, interroge Xavier Médeau, avocat représentant les demandeurs dans ce dossier élaboré par la CGT. Cela reste à prouver pour 2002 et 2003, car nous n'avons aucun élément comptable sur la santé financière de l'entreprise. Que pèsent les quatre branches du groupe et combien d'emplois y avait-il ? C'est un mystère ! »
La plus grande faille dans ce dossier, c'est le contenu même des trois plans de sauvegarde de l'emploi (PSE). « Toutes les possibilités de reclassement, y compris au Maroc, n'ont pas été épuisées dans les quatre filiales du groupe Pindière, estime Xavier Médeau. La partie adverse n'a fourni aucune pièce, aucun document, aucun courrier attestant qu'on a tout fait pour proposer des postes. »
Aucun reclassement ? Bertrand Crenn le réfute. « Pour les procédures de 2002-2003, une soixantaine de courriers ont été adressés aux piqueurs de Pindière pour un reclassement dans une autre entreprise. Et, en 2004, deux postes [sur 323 licenciements, NDLR] ont été proposés et des lettres adressées à des entreprises de la région, comme Michelin ou Pasquier. »
La défense, qui parle de « pétition de principe », insiste surtout sur le nombre de départs volontaires. « La plupart sont partis d'eux-mêmes et les délégués du personnel l'ont approuvé ! Comment peut-on venir aujourd'hui réclamer de l'argent, sept ans après ? » En fin d'audience, un salarié lui répondra : « Fallait voir le contexte, les gens pleuraient sur les chaînes. Tout a été fait pour nous pousser vers la sortie. »
L'audience se termine. La présidente du conseil des prud'hommes se tourne vers Bertrand Crenn. « Avouez que c'est embarrassant, tout de même, de ne fournir aucun courrier adressé aux autres filiales du groupe. Ont-elles vraiment été interrogées ? » Réponse embarrassée de l'avocat : « Je ne sais pas, je dois en parler à mon client. » Le jugement est mis en délibéré au 16 février.
Arnaud WAJDZIK.
Ouest-France
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